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Comment se réinventer ? Les artistes ont peut-être la réponse…

#employabilité #innovation #motivation

25 janvier 2021

L’année qui vient de s’achever nous a quelque peu sonnés. Notre quotidien a été bousculé, et sur le plan professionnel nous avons perdu beaucoup de nos repères. La crise nous pousse au changement, c’est un fait… et c’est peut-être là sa seule vertu. Car si réinventer nos métiers est un chantier ambitieux, le défi s’annonce passionnant. Notamment parce qu’il nous invite à faire preuve de créativité : il s’agit d’imaginer, d’envisager l’inexistant, et ainsi d’élargir le champ des possibles.

Quels meilleurs guides, alors, que les artistes ? A lui seul, le champ de la peinture est un vivier d’exemples très inspirants. Parce que les peintres qui sont entrés dans l’histoire sont ceux qui ont su, par leur créativité, enrichir leur discipline et lui donner un nouveau souffle. Et qu’à travers leurs œuvres, ils nous ont livré des secrets qui ne demandent qu’à être transposés à nos métiers. La preuve en images avec deux géants de l’art moderne : Picasso et Matisse.

L’art de « désapprendre » avec Picasso

Tout le monde connaît Pablo Picasso. Que l’on aime ou pas son travail, il a été un artiste majeur car il a initié une rupture sans précédent dans l’histoire de la peinture. Il suffit de regarder ses Demoiselles d’Avignon, qui annonçaient le cubisme, pour prendre la mesure de la révolution qu’il a provoquée. De tableau en tableau, il a fait voler en éclat toutes les lois qui avaient jusqu’alors régi la peinture : perspective, anatomie, composition, et j’en passe… – Les Demoiselles d’Avignon de Pablo Picasso (1907)

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Ce qu’on oublie parfois : il était le fils et a appris très tôt à manier le pinceau avec une virtuosité dont témoignent ses œuvres d’adolescence. Si bien qu’il est difficile de croire, en voyant des portraits qu’il a exécutés à l’âge de 15 ans, que c’est le même artiste qui a peint plus tard des visages dont les yeux et le nez semblent avoir échangé leur place. – La Mère de l’artiste de Pablo Picasso (1896)

Picasso a donc délibérément tourné le dos à la peinture classique pour inventer son propre langage pictural. Il a en quelque sorte « désappris » ce qu’on lui avait enseigné. Et c’est là une leçon précieuse : notre capacité à inventer et à innover dépend de notre aptitude à remettre en question des règles parfois considérées comme inamovibles. Mais Picasso nous rappelle aussi que pour jouer avec ces règles – et trouver le courage de s’en affranchir – il faut d’abord les connaître, les maîtriser, en avoir identifié les bénéfices et les limites. Picasso n’aurait pas inventé le cubisme s’il ne s’était pas auparavant formé à la peinture traditionnelle. Ainsi, les règles ne tuent pas la créativité : elles la nourrissent au contraire en nous donnant un cadre à dépasser… et les moyens de le faire.

Les vertus de la contrainte avec Henri Matisse

La créativité est donc une forme de liberté. Liberté de penser, d’essayer et, naturellement, d’échouer. Mais que faire alors quand des contraintes – comme celles que nous endurons tous depuis plusieurs mois – réduisent, justement, notre liberté ? Le peintre Henri Matisse a peut-être une réponse.

En 1941, alors âgé de 72 ans, il est atteint d’un cancer du côlon. Opéré, il sort de l’hôpital très affaibli. Il ne sort de son lit que pour gagner son fauteuil roulant, il ne peut plus se tenir devant sa toile ni manier son pinceau avec son énergie coutumière. Mais son handicap n’entame en rien sa volonté… ni sa créativité. Se sachant incapable de faire des gestes amples, il troque ses pinceaux contre des ciseaux et découpe des formes dans du papier coloré. Il ne lui reste ensuite qu’à indiquer à son assistante comment les coller sur la toile. Cette pratique, appelée “gouaches découpées”, donnera naissance à quelques-uns de ses plus grands chefs-d’œuvre. – La Tristesse du roi par Henri Matisse (1952)

La contrainte serait-elle un levier de progrès ? Evidemment, c’est assez difficile à admettre. Pourtant force est de reconnaître que ce n’est pas quand on travaille dans la facilité qu’on est inventif. C’est quand la nécessité de se questionner et d’explorer de nouvelles pistes se fait sentir. Ainsi, quand un obstacle se dresse devant nous, la bonne stratégie n’est pas d’abandonner, ni de travailler plus dur ou plus vite. Mais simplement d’accueillir la contrainte comme une invitation à imaginer un chemin alternatif… C’est ainsi que naîtront les solutions innovantes qui garantiront demain la pérennité de nos métiers et de nos organisations.

La clé, c’est les autres

Ainsi, Picasso nous enseigne l’audace et Matisse l’agilité… Mais si j’ai choisi de les citer ici conjointement, c’est parce qu’ensemble ils ont une autre leçon à nous livrer. De leur rencontre en 1906 à la mort de Matisse en 1954, ils ont entretenu une relation d’amitié, de rivalité et d’admiration mutuelle. « Personne n’a jamais regardé plus attentivement que moi les peintures de Matisse, disait Picasso, et personne n’a jamais regardé les miennes avec plus d’attention que lui. » 

Cela nous rappelle que la créativité est avant tout une affaire de rencontre et d’ouverture. Car c’est l’autre – ami, collègue, mentor ou rival – qui enrichit notre vision, questionne nos pratiques et bouscule nos certitudes. C’est pourquoi nous devrions, aujourd’hui plus que jamais, cultiver la dimension collective de nos métiers. La curiosité, le respect et l’attention que nous nous portons mutuellement sont peut-être les clefs de l’avenir que nous devons construire.

La bio de Grégoire Jeanmonod

Grégoire Jeanmonod est auteur et conférencier. Fondateur de la société 47ème rue, il intervient régulièrement auprès d’entreprises très diverses avec une démarche résolument décalée : s’inspirer de l’art et de ses histoires pour questionner nos pratiques professionnelles.

Le dernier livre de Grégoire Jeanmonod

A travers son dernier livre ‘Leçons d’Artistes, Et si les plus grands artistes de l’histoire nous aidaient à travailler autrement ?’ (éditions Marabout), Grégoire Jeanmonod nous propose de poser un regard neuf sur notre métier et de nous inspirer de nouvelles façons de travailler. Respirer l’air du temps, sentir le monde autour de soi, faire des choix, prendre des risques, convaincre, appréhender le réel pour le transformer. C’est ce qu’ont fait en leur temps Warhol, Picasso, Monet, Delacroix et bien d’autres.

Nous avons tous, quelle que soit notre activité, beaucoup à apprendre de la vie des grands artistes, de la genèse de leurs œuvres et de la contemplation de leur travail.

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